Sylvain Nizou et Paul Gauthé, cofondateurs de HEXANA – Photo HEXANA
HEXANA, jeune entreprise installée à Aix-en-Provence, conçoit des réacteurs à neutrons rapides refroidis au sodium, couplés à un système de stockage thermique. Cette solution de production d’énergie nucléaire permet de répondre aux besoins des industries les plus énergivores et participer à la décarbonation de ces filières.
D’une rencontre au CEA…
HEXANA, c’est la rencontre de deux ingénieurs devenus entrepreneurs.
Paul Gauthé, ingénieur nucléaire diplômé de l’École Centrale de Lyon, débute sa carrière au CEA en 2007 en tant qu’ingénieur sûreté sur le réacteur à neutrons rapides refroidi au sodium Phénix, à Marcoule. Il en supervise les essais de fin de vie avant de rejoindre le projet ASTRID à Cadarache. A l’arrêt d’ASTRID en 2019, il devient Chef de projet petits réacteurs et veille technologique.
Sylvain Nizou, ingénieur-docteur, évolue dans les domaines des énergies renouvelables, nucléaires et de la décarbonation industrielle, au sein de structures variées allant de start-up au CEA. Il se concentre particulièrement sur les technologies bas-carbone, notamment l’hydrogène, la capture et la valorisation du CO₂. Il est convaincu qu’une décarbonation industrielle est indispensable à une transition énergétique réaliste et que le nouveau nucléaire pourrait y contribuer efficacement.
De cette complémentarité entre technologie éprouvée et vision stratégique naît HEXANA, un projet d’abord développé au sein du CEA, puis devenu entreprise le 16 juin 2023.
…à une start-up en pleine croissance
L’équipe, d’abord constituée de trois cofondateurs en 2023, est rapidement étoffée par l’arrivée de nombreux collaborateurs. Deux ans seulement après la création de l’entreprise, ce sont près de 70 personnes qui participent au développement et à la croissance de cette start-up aixoise.
HEXANA est lauréate du plan France 2030 – Réacteurs nucléaires innovants, lui permettant de recevoir 10 millions d’euros de subventions. Ce soutien de l’État a été renforcé par une levée de fonds de 18 millions d’euros, réunissant des investisseurs publics et privés variés : la Région Sud, CEA Investissement, Groupe M, Blast Club, EREN Industries…
Installée à Aix-en-Provence, dans la zone des Milles après un passage par le site de l’Arbois, HEXANA vise le démarrage opérationnel d’une tête de série industrielle à horizon 2035 sur un site français.
Une technologie au service des industriels
HEXANA conçoit des réacteurs à neutrons rapides refroidis au sodium, couplés à un système de stockage sous forme de chaleur, permettant de produire et délivrer l’énergie (électricité et chaleurs très hautes températures) lorsqu’elle est nécessaire (Capacité : 800 Méga Watt Thermiques / 330 Méga Watt électrique).
Cette technologie a pour vocation de devenir une alternative crédible aux énergies fossiles pour décarboner les industries.
Le principe ? Installer ces réacteurs aux abords des sites industriels quand cela apparaît pertinent, en particulier ceux des zones portuaires où se trouvent souvent les industries les plus énergivores (aciérie, pétrochimie, cimenterie, carburants…). Un objectif de proximité qui s’explique par un fait simple : si l’électricité se transporte très bien, c’est moins le cas de la chaleur produite par cette technologie, dont de nombreux clients industriels ont besoin afin de réduire leur consommation de combustibles fossiles tout en restant compétitifs.
En parallèle de l’adaptabilité aux installations et aux processus des industriels existants, l’un des principaux enjeux réside dans l’accès au foncier au sein de ces zones industrielles.
Une technologie au service du climat et de l’environnement
73% des émissions industrielles concernent la production de chaleur, issue principalement de la combustion d’énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel). Offrir une alternative décarbonée à la production de chaleur à hautes températures permettrait ainsi de réduire massivement les émissions de CO2 fossiles d’origines industrielles.
Or, là où la température de la chaleur produite par les réacteurs du parc nucléaire français actuel, jusqu’à 200°C, ne permet pas de répondre aux besoins de l’ensemble des procédés industriels, c’est bien le cas de la technologie développée par HEXANA. La chaleur produite peut en effet atteindre jusqu’à 465°C et remplacer, par exemple, l’utilisation du gaz naturel dans de nombreuses applications.
Les réacteurs HEXANA à neutrons rapides refroidis au sodium se distinguent aussi du parc nucléaire par la gestion des combustibles utilisés en valorisant les combustibles nucléaires usés et l’uranium appauvri dans le combustible MOX qu’elle consomme. HEXANA contribue ainsi à engager la fermeture du cycle du combustible, stratégie réduisant la dépendance de la filière européenne à l’uranium importé et la production des déchets nucléaires les plus difficiles à traiter.
Le potentiel ouvert par la relance de cette filière historique, réinventée par HEXANA, est immense : en exploitant uniquement les matières présentes sur le sol français, aujourd’hui considérées comme des déchets, il serait possible de subvenir aux besoins énergétiques du pays pendant plusieurs siècles. Il s’agit d’un enjeu de souveraineté d’intérêt dans le contexte géopolitique actuel et certainement durable.
Le CEA Cadarache est membre de Pays d’Aix Développement.
MD